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Eylem Aydemir

Quelle est mon identité ?


Le plus gros problème des personnes d’origine étrangère ayant immigré dans un pays européen est la question d’identité. Cette question se complique surtout lorsque ces personnes disposent d’une double nationalité : celles-ci sont étrangères à l’égard du pays d’accueil comme à l’égard de leur pays d’origine.

Les émigrés ont dû quitter leur pays d’origine pour des causes politiques, économiques ou sociales. Ils y ont abandonné beaucoup de choses avec l’espoir de trouver une vie meilleure dans les pays européens qui recrutaient des ouvriers.

Cependant, ils ne parviennent pas directement à s’adapter à la culture du pays d’accueil. C’est alors qu’ils sentent qu’une partie d’eux-mêmes est resté dans le pays qu’ils ont du quitter et où ils ont l’intention d’y retourner un jour. Mais entre temps, ils amènent leur propre culture dans le pays d’accueil.

Ensuite ces ouvriers sont confrontés à un sentiment qui leur est très lourd : la déception. Ayant abandonné toute leur famille et tous leurs amis dans leur pays, ils étaient arrivés en Europe en vue de trouver une vie socialement et financièrement meilleure alors que les voilà, travaillant comme des esclaves pour un salaire très bas, habitant tout seul une petite chambre vétuste. Leur rêve ne se réalisera bien sûr pas si vite.

Au fur et à mesure qu’ils travaillent, ils épargnent de l’argent, se trouvent un meilleur habitat, apprennent la langue et la culture du pays d’accueil.

La plupart des immigrés avaient laissé leur femme et leurs enfants dans le pays d’origine. Ils leurs avaient promis de retourner dans quelques années avec beaucoup d’argent. Néanmoins, ces ouvriers, ne voulant pas perdre leur emploi, décident d’amener leur famille dans le pays d’accueil au lieu d’y retourner eux-mêmes.

A partir de là, il faut compter cinq à dix ans pour que les conditions de vie s’améliorent. Tant d’années de travail non-stop, sans aucune autre activité sociale, ça devait être lourd et fatigant. C’est seulement après, quand les papiers sont en ordre, que les immigrés peuvent aller dans leur pays d’origine y passer leurs vacances.

Pendant ces années écroulées, les parents s’adaptent à la culture du pays d’accueil, sans oublier leur propre culture. Les enfants vont à l’école et y apprennent la culture et la langue du pays d’accueil. Si les parents ne leurs transmettent pas leur propre culture, ces enfants seront étrangers vis-à-vis de cette culture et considèreront la culture du pays d’accueil comme celle d’origine. Ainsi, il existe des jeunes qui ne savent même plus parler convenablement leur langue d’origine.

Cependant l’enfant connaissant, à la fois, la culture d’origine et celle du pays d’accueil est confronté au même problème que ses parents : quel est son identité ? Je fais également partie des jeunes qui se posent cette question.

Beaucoup d’immigré prétendent être turc, marocain, albanais, congolais, ou autre parce qu’ils connaissent la culture et conservent peut-être la nationalité du pays d’origine pour pouvoir aller en vacances tous les étés. Alors que ceux-ci sont nés en Europe, ils y ont étudié, ils y vivent, ils y gagnent leur pain, voire ils ont la nationalité de ce pays d’accueil.

Les autochtones du pays d’accueil nous méprisent parce que nous sommes étrangers et avons immigré dans leur pays pour gagner de l’argent, avoir une vie meilleure et aider financièrement notre famille restée au pays d’origine. De même, les habitants du pays d’origine considèrent que nous faisons partie de la classe riche tandis qu’eux sont pauvres et essayent de nous escroquer.

Cependant, ces autochtones européens ne veulent pas accepter le fait que nous disposons des même droits qu’eux, en tant que citoyens européens et que nous ne sommes pas si misérables que ce qu’ils pensent. Quant aux habitants de notre pays, ils ignorent combien nos parents ont souffert en travaillant dans de pénibles conditions pour accéder à la classe moyenne et non pas riche. Ils n’ont jamais vécu la nostalgie du temps où ils vivaient dans leurs pays natal, la solitude au sein d’une ville très peuplée, la misère. Ils croient que juste en arrivant en Europe, on s’est enrichi.

En conclusion, sur le plan politique, économique et culturel, nous faisons partie, à la fois, du pays d’origine et d’accueil. Mais sur le plan social, nous formons un nouveau groupe en dehors des deux pays, qu’on pourrait appeler « les immigrés » ou encore « les étrangers » et qui s’oppose au terme « autochtone ». Voila la situation des immigrés.

Eylem Aydemir
03/09/2008 - 10:28

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