Dans ma chronique précédente, j’avais abordé le thème de l’immigration et de l’identité indécise des personnes immigrés en Europe. Parmi ces derniers, précisément un groupe duquel je n’ai pas eu l’occasion de parler précédemment, me parait intéressant à approfondir : les réfugiés politiques.
Il s’agit des personnes qui ont eu des problèmes avec le gouvernement du pays d’origine, qui y risquaient des peines de prisons ou des persécutions à cause de ses opinions opposés au gouvernement. Ces personnes ont fui leur nation en vue d’échapper aux peines ou bien elles sont privées de la nationalité du pays d’origine et sont exilées. Du coup, elles doivent immigrer dans un pays européen où la liberté d’opinion et d’expression existe.
En Turquie, les tentions entre la gauche et la droite ont mené à un coup d’Etat, à trois reprises : en 1960, en 1971 et en 1980. Durant la seconde moitié du XXe siècle, beaucoup de gauchiste, considérés comme anarchistes, furent accusés de trahir la patrie. L’accusateur principal est naturellement l’Etat qui est aux mains d’un parti d’extrême droite. De ce fait, pendant cette longue période de tensions, le nombre de réfugiés politiques augmentait dans les pays européens démocratiques mais aussi dans l’Union soviétique communiste.
L’exemple qui illustre ce fait est celui de l’écrivain inoubliable Nazim Hikmet Ran. Ce célèbre romancier et poète turc a été expulsé de sa patrie non seulement pour ses opinion de gauche mais aussi pour son adhésion au parti communiste turc. Nazim Hikmet a mené une vie clandestine en Pologne et en URSS où il a continué à écrire des romans et des poèmes. Le 3 juin 1963, il s’est endormi pour l’éternité à Moscou.
Dans les pays européens, en général, les réfugiés politiques sont bien accueillis. Néanmoins, l’Etat d’origine fait de son mieux pour empêcher le séjour des réfugiés politiques dans le pays d’accueil afin que ceux-ci continuent à mener une vie clandestine jusqu'à ce qu’ils périssent.
Parmi les réfugiés politiques morts en Europe, je me souviens d’un jeune étudiant kurde qui a fuit la Turquie suite aux tortures subies pour cause de militer en faveur des kurdes. Ensuite, il a immigré en France où il fut emprisonné, accusé d’être membre du PKK et d’être « terroriste », alors qu’il n’avait rien à voir avec ce parti. Finalement, il s’est suicidé dans sa cellule le 27 octobre 1997.
Ou encore, le chanteur et compositeur kurde Ahmet Kaya, a été condamné à trois ans de prison parce qu’il avait déclaré qu’il allait chanter en kurde. Il a fuit à Paris en 1999 et y meurt d’une crise cardiaque le 16 novembre 2000.
La tentation de l’Etat d’origine ne fonctionne pas toujours car beaucoup de réfugiés politiques sont accueillis dans les pays européens avec bienveillance. Alors cet Etat intente des procès contre ceux-ci, demande plus de peines de prison de sorte que s’ils retournent dans leur pays d’origine, ils seront incarcérés sur le champ. Ainsi, les réfugiés politiques ne peuvent plus y retourner avant leur acquittement, ce qui dure assez longtemps, voire toute leur vie.
Prenez l’exemple du journaliste turc Dogan Özgüden, réfugié politique en Belgique depuis 1971. Bien qu’il soit acquitté des procès intentés contre lui, il n’a pas obtenu la garantie qu’il ne serait pas emprisonné s’il retournait en Turquie. Ensuite, un nouveau procès le condamne pour avoir insulté l’armée turque. Il suffisait donc de trouver un prétexte pour empêcher son retour à sa patrie.
C’est triste de ne pas pouvoir revoir une dernière fois sa patrie avant de mourir. Mourir en exil, dans la solitude et la nostalgie, que peut-il y avoir de plus malheureux que cela ? Je n’affirme pas que tous les exilés meurent loin de leur patrie, mais c’est souvent le cas.
Tout ce que nous pouvons faire c’est espérer qu’un jour la liberté d’opinion et d’expression sera universelle et que personne ne sera obligé de quitter son pays. Comme le disait Nazim Hikmet :
« Il n’y a pas d’ombre sur la terre de la grande humanité
Pas de lanternes dans ses rues
Pas de vitres à ses fenêtres
Mais elle a son espoir la grande humanité
On ne peut vivre sans espoir. »
Eylem Aydemir
27/09/2008 - 13:16