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Interview avec Doðan Özgüden et Inci Tugsavul


Interview avec Doðan Özgüden et Inci Tugsavul
par Eylem Aydemir (Librenews)

Eylem - Pourquoi êtes-vous devenus journalistes ? Dans quel but, quel intérêt ?

Özgüden - Le journalisme n'était pas un métier que j'avais envie de choisir quand j'étais jeune. Je voulais devenir chercheur en sciences, mais la pauvreté de ma famille ne m'a pas permis réaliser ce choix. J'ai commencé à travailler dans un journal quotidien pour pouvoir financer mes études supérieures en sciences économiques. Une fois qu'on a commencé, je me suis engagé dans un journalisme de combat qui se poursuit depuis 55 ans. Dés début du journalisme, je me suis engagé également dans la lutte syndicale et de gauche.

Tugsavul - Lorsque je faisais mes études de droit à l'Université d'Ankara, j'ai été très active dans la résistance estudiantine contre le pouvoir répressif de Menderes. En 1960, les médias étant censurés, je cherchais des informations politiques chez les amis qui travaillaient dans les journaux d'opposition. Là, j'ai été mordue. Voilà 48 ans que je suis journaliste.

Eylem - Etre journaliste de gauche en Turquie, était-ce un métier dangereux ou risqué dans les années 60-70 ? Est-ce toujours le cas en Turquie ?

Tugsavul - Evidemment... A vrai dire, être journaliste, non seulement de gauche, mais honnête quelle que soit sa conviction, c'était un métier risqué. L'histoire de la presse de Turquie est pleine d'emprisonnements, poursuites judiciaires, censures, fermetures de journaaux et même d'assassinats.

Özgüden - Déjà après la proclamation de la République, les médias avaient été soumis à un régime répressif sous prétexte de la révolte kurde. Pendant mon enfance, dans les années 30 et 40, période de la deuxième guerre mondiale, je me souviens des pratiques répressives contre la presse par la loi martiale. Quelques années après mon commencement dans le journalisme, j'ai témoigné personnellement la violation de la liberté de presse par le pouvoir du parti démocrate. Malgré le fait qu'on ait adopté une législation plus libérale après le coup d'état de 1960, je n'oublierai jamais l'arrestation d'Aziz Nesin et de plusieurs intellectuels kurdes en 1962 et 1964. Bien entendu, avec l'arrivée de Demirel au pouvoir et l'adoption par l'armée d'une politique de lutte contre le communisme, s'est déclenchée l'oppression des journalistes de gauche. Le quotidien de gauche Aksam et la revue socialiste Ant que je dirigeais étaient parmi les cibles privilégiées de cette répression. Après chaque coup d'état militaire, de 1971 et de 1980, la répression anti-gauche et anti-kurde a gagné une dimension horrible avec l'arrestation de journalistes, éditeurs, écrivains et artistes, fermeture des journaux et revues. Quant à aujourd'hui, c'est plutôt les médias kurdes qui en sont victimes: l'assassinat ou la disparition de dizaines d'intellectuels et journalistes kurdes, les fermetures successives et les sabotages contre les journaux kurdes constituent une honte inoubliable pour le régime d'Ankara. Comment peut-on oublier l'assassinat de notre confrère arménien, Hrant Dink, il y a deux ans?

Eylem - Vous avez dû quitter la Turquie pour échapper à des peines de prison. Cette fuite était-elle prévue avant votre inculpation ou s’est-elle imposée après l’inculpation ?

Tugsavul - Ce n'est pas pour échapper à des peines de prison. Il est vrai qu'il y avait une cinquantaine de procès contre moi et Dogan avec des demandes d'emprisonnement allant jusque 300 ans, mais la raison de notre exil était la menace des militaires... Déjà en 1967, nous avions été accusés de haute trahison par le chef d'état-major de l'Armée car la revue Ant avait dévoilé un plan de l'OTAN de placer des mines nucléaires dans le Kurdistan de Turquie. Après la grande manifestation ouvrière en 1970, la loi martiale a commencé à arrêter des ouvriers et des dirigeants syndicaux. Dans notre revue Ant, nous avons publié une protestation: "Les officiers devenus capitalistes ne peuvent pas juger la classe ouvrière!" En effet, après le coup d'état militaire de 1960, l'Armée turque a mis sur pied un grand holding financier sous le nom d'OYAK dont tous les officiers sont membres.

Özgüden - Après la publication de ce numéro d'Ant, j'ai été convoqué au commandement de la première armée à Istanbul. Après un interrogatoire par neuf officiers, trois terrestres, trois aériens et trois navals, j'ai été menacé de ne plus pouvoir sortir de cette caserne dans l'état dans lerquel je suis arrivé. Après le coup d'état de 1971, la loi martiale a fermé notre revue et affiché nos noms comme de "personnes dangereuses". Nous n'avions jamais prévu l'exil. Nous n'avons même pas fait une démarche d'obtenir des passeports, ce qui était très facile avant le coup d'état. C'est suite à la décision du comité rédactionnel de notre revue que nous avons quitté la Turquie avec de faux passeports afin de lancer une campagne de dénonciation contre le régime du 12 mars en Turquie.

Eylem - Aviez-vous déjà quitté le territoire turc auparavant ou était-ce la première fois ?

Özgüden - Deux fois. En 1958, j'ai fait partie d'une délégation de journalistes pour une visite au quartier général et aux bases de l'OTAN en France et en Allemagne. Plus triste, j'ai dû aller en Grande-Bretagne en 1962, en vue de chercher un travail comme travailleur immigré. Etant représentant du Syndicat des Journalistes, j'avais réussi à obtenir auprès de la Commission paritaire une augmentation de quelque 300% pour tous les journalistes. Là-dessus, tous les éditeurs des journaux à Izmir m'ont mis sur une liste noire comme "un agitateur dangereux". Sans travail, sans sou, j'étais obligé de gagner ma vie en exil. En Angleterre, une firme m'a tout de suite engagé comme comptable pour travailler en Australie. Toutefois, le jour de la signature du contrat, j'ai reçu une lettre de mes camarades en Turquie, ils me demandaient de revenir immédiatement au pays, car le parti ouvrier de Turquie, sous la présidence de Mehmet Ali Aybar avait lancé une campagne d'organisation et il fallait que je retourne à Izmir pour faire partie de la direction provinciale du parti. Et j'ai, bien entendu, fait demi-tour vers la Turquie.

Tugsavul - J'ai fait également quelques voyages professionnels ou touristiques dans les pays méditerranéens.

Eylem - Aviez-vous eu de la peine à quitter votre pays ou cherchiez-vous déjà à vous en débarrasser ?

Tugsavul - Normalement, personne ne veut jamais quitter son pays natal de son plein gré. C'est vraiment dur de s'éloigner de ses amis, de ses proches. Ca, c'est un grand chagrin.

Özgüden - Si nous cherchions à nous en débarrasser, pourquoi aurions nous, toujours avec les ressortissants de notre pays d'origine, poursuivi le combat pour la démocratisation de ce pays et pour le bien de nos peuples? Comme en Turquie, nous avons choisi la même voie de lutte, quel que soit le pays où nous habitons.
Doðan Özgüden et Inci Tugsavul
Doðan Özgüden et Inci Tugsavul
Eylem - Pourquoi avez-vous immigré en Belgique et pas dans un autre pays européen ?

Tugsavul - En effet, après avoir quitté la Turquie, nous avons vécu en Europe pendant deux ans dans la clandestinité, toujours avec de faux passeport. Nous avons vécu en Belgique, France, Allemagne, Hollande, dans les pays scandinaves pour organiser la Résistance démocratique de Turquie. Après une dénonciation de la délégation turque au Conseil de l'Europe, nous avons dû demander l'asile politique en Hollande.

Özgüden - Bien que la Hollande nous ait bien accueilli, nous avons choisi la Belgique pour mettre sur pied Info-Türk, car Bruxelles est la capitale européenne et très proche des capitales d'Allemagne, France, Hollande et Angleterre.

Eylem - A cette époque, y avait-il des tensions entre la gauche et la droite en Belgique ?

Tugsavul - Si vous parlez de la politique belge, la lutte politique gauche-droite est un fait historique. Dans les années 70, la gauche belge, surtout le parti communiste de Belgique, était assez forte grâce à l'existence d'une grande masse d'exilés politiques de gauche en provenance d'Espagne, de Portugal, de Grèce et des pays d'Amérique latine. Après la chute des régimes fascistes de ces pays et notamment après la disparition de l'Union Soviétique, la gauche communiste a perdu sa puissance. Quant au parti socialiste, depuis deux décennies, il est devenu un parti centriste sous l'apparence de "socialistes gestionnaires."

Özgüden - Quant aux communautés en provenance de Turquie, la tension existait bien sûr entre la gauche et la droite. Toutefois, la droite n'était pas aussi bien organisée qu'aujourd'hui. Sur le plan politique, seuls les Loups Gris étaient actifs et attaquaient de temps en temps des gens de gauche. Les organisations de gauche menaient une lutte déterminée contre le régime répressif d'Ankara. Dans cette lutte, les exilés politiques espagnols, grecs, portugais ou les travailleurs italiens proches du parti communiste italien étaient toujours solidaires avec les militants de gauche de Turquie. D'ailleurs, les travailleurs immigrés, même ceux qui n'étaient pas politisés, se trouvaient dans une atmosphère de combat commun et de solidarité dans les charbonnages. Après le coup d'état militaire de 1980, l'arrivée massive des réfugiés kurdes, arméniens, assyro chaldéens a apporté un grand soutien au mouvement démocratique.

Eylem - Après votre exil, aviez-vous regretté d’être journaliste de gauche ? Avez-vous senti ce regret à un autre moment de votre vie ? Pensez-vous que la cause de tous les malheurs qui vous sont arrivés est votre métier ?

Tugsavul - Comme disait Edith Piaf dans sa chanson célèbre, non, je ne regrette rien. Quant aux malheurs, ils peuvent arriver dans n'importe quel métier, surtout si on est engagé dans la défense des classes sociales et des peuples opprimés.

Özgüden - Moi non plus, je ne regrette rien. Ayant vécu toute mon enfance dans la pauvreté anatolienne et témoigné de l'oppression et de l'exploitation des gens de cette terre, je n'aurais pas fait un autre choix même si j'avais exercé un autre métier.

Eylem - Vous êtes actuellement des personnes très respectées. Mais pendant vos premières années en Belgique, vous est-il arrivé d’être mal vu ?

Tugsavul - Au début nous ne connaissions pas le français, c'est la raison pour laquelle toute notre communication se faisait en anglais. Peut-être que dans la vie quotidienne nous étions considérés "bons étrangers". Le malheur est arrivé quand nous avons dû communiquer en français avec un accent étranger et avec plein de fautes.

Özgüden - Quoique nous étions reconnus comme réfugiés politiques sous la protection des Nations Unies, quand nous avons demandé le permis de séjour et de travail en Belgique, les instances belges ont érigé devant nous un mur infranchissable. Nous avons appris plus tard que c'était l'ambassade de Turquie qui a exercé une pression sur le gouvernement belge pour empêcher notre installation en Belgique. La police des étrangers était un état dans l'état. Malgré l'intervention d'hommes politiques, elle a refusé pendant trois ans de nous accorder le permis. Même après le commencement des activités d'Info-Türk commencent, j'ai été refoulé vers la Hollande. Finalement, sous la pression des syndicats qui avaient besoin de nous pour réaliser leurs journaux destinés aux membres d'origine turque, on nous a autorisé à nous installer en Belgique.

Eylem - Vous-êtes vous vite adaptés à la vie en Belgique ?

Tugsavul - Pour moi, sans grande difficulté, sauf le climat. D'ailleurs, on peut toujours créer un environnement pour surmonter les difficultés d'adaptation. L'engagement dans une série d'actions revendicatrices, les relations amicales avec des gens venus des quatre coins du monde, l'organisation d'abord de la Résistance démocratique de Turquie, ensuite d'Info-Türk et des Ateliers du Soleil, ont créé pour nous un environnement exceptionnel.

Özgüden - Au début notre exil était si mouvementé, qu'on n'a jamais eu de temps de réfléchir sur ce point. Aujourd'hui à Paris, demain à Cologne, ensuite Stockholm... Quand nous avons décidé de nous installer à Bruxelles, nous étions déjà adaptés à un rythme de vie fort différent de celui de Turquie. En plus, grâce à la présence à Bruxelles des différentes communautés en provenance de Turquie, nous ne nous sentons pas très loin de notre pays d'origine. Nous avons une vie de doubles facettes qui ne sont pas tellement contradictoires.

Eylem - Si aujourd’hui votre retour en Turquie était autorisé, retourneriez-vous vivre là-bas ?

Tugsavul - Bien sûr que nous voulons terminer nos jours dans notre pays natal. Le problème n'est pas d'être autorisé ou non, la question est la véritable démocratisation de notre pays d'origine.

Özgüden - Je me souviens du jour de la chute de la junte militaire en Grèce. Dans un restaurant grec à Bruxelles, nous avions fêté cet évènement tous ensemble. Quelques jours plus tard, toutes les victimes de la junte militaire, quelles que soient leurs appartenances politiques, sont parties pour leur pays, parce que tous les prisonniers et les exilés politiques ont été déclarés libres en même temps. Quant à la Turquie, le retour individuel de quelques exilés, au prix de se taire pour certains, n'est pas une solution. Il faut que tous les exilés politiques, sans exception, soient déclarés libres... D'ailleurs, je crois que l'Etat turc doit faire une autocritique et demander des excuses à toutes les victimes, turque, kurde, arménienne, assyro-chaldéenne, grecque, qui ont été forcées à l'exil.

Eylem - Quel a été le moment le plus difficile de votre vie, le moment où vous vous êtes sentis désespérément perdus ?

Tugsavul - Tous les moments de la vie d'exil sont difficiles. Mais la complicité des femmes et hommes politiques belges avec l'Etat turc et avec les associations ultra-nationalistes ou fondamentalistes turques me fait le mal le plus profond.

Özgüden - Le moment de prendre la voie de l'exil. Tant que je peux poursuivre ma lutte, je ne me sentirai jamais désespérément perdu.

Eylem - Y a-t-il un souhait, un rêve que vous n’avez jamais pu réaliser ?

Tugsavul - Y'en a plusieurs. Combien d'objectifs de notre lutte pour un monde pacifique, juste, humain ont pu être réalisés? Le chemin est toujours long et plein d'obstacles. Vu mon âge, il reste pour moi, pour notre génération des souhaits à réaliser.

Özgüden - Je pense qu'Inci et moi, nous avons les mêmes souhaits, les mêmes rêves non réalisés mais j'espère que les futures générations les réaliseront.

Eylem - Pourrez-vous qualifier votre vie en quelques mots ? Avez-vous une vision plutôt pessimiste ou optimiste à l’égard de votre vie ?

Tugsavul - La vie de Don Quichotte... A la fois optimiste et pessimiste...

Özgüden - Comme Veysel. Sur un chemin étroit et long... Je marche le jour et la nuit... Je suis réaliste. Pour moi, la bouteille est à remplie moitié, ni pleine, ni vide

Eylem - Pensez-vous qu’il y a eu un changement en Turquie depuis les années 70 en ce qui concerne le militarisme ?

Tugsavul - Oui, il y a eu un changement. Le militarisme devient de plus en plus dominant.

Özgüden - Malheureusement le militarisme, accompagné d'ultranationalisme, domine aujourd'hui tous les domaines de la société. Les changements cosmétiques pour satisfaire l'Union Européenne ne touchent pas le fond du problème. J'ai peur que la synthèse turco-islamique sera concrétisée par la complicité militaro-islamiste.

Eylem - L’impérialisme américain est-il toujours d’actualité en Turquie ?

Tugsavul - Plus que jamais.

Özgüden - Le récent passage des navires américains vers la Mer Noire malgré la Convention de Montreux n'en est-il pas la preuve?

Eylem - Voyez-vous des améliorations en Turquie depuis les années 70 dans le domaine politique, économique ou social ?

Tugsavul - Bien entendu, économiquement la Turquie est plus développée par rapport aux années 70. Par contre sur le plan social, le creux entre les classes sociales est devenu plus profond. Sur le plan politique, la gauche est effacée du parlement, tous les partis politiques partagent les mêmes aspirations ultranationalistes, militaristes.

Özgüden – Le seul progrès, c'est la politisation dans le Kurdistan. Mais, sur ce seul point positif, l'alliance militaro-politique fait tout son possible pour empêcher la représentation du peuple kurde.

Eylem - Quelles améliorations devrait-il y avoir selon vous ?

Tugsavul - La mise en pratique sans exception de tous les critères démocratiques des conventions internationales des droits de l'Homme et la reconnaissance des droits égaux pour toutes les composantes de la population de Turquie.

Özgüden - Pour cela, il faut tout d'abord supprimer la constitution de la junte militaire et adopter une nouvelle constitution excluant la supériorité de la race et la langue turques et les privilèges de l'Armée. En même temps, toutes les lois répressives doivent être annulées ou modifiées.

Eylem - Soutenez-vous l’admission de la Turquie dans l’Union Européenne ? Croyez-vous qu’elle y sera bientôt admise ou prendra-t-elle beaucoup de temps pour mettre les exigences de l’UE en place ? Est-ce que la Turquie, selon vous, mérite-t-elle d’être admise dans l’UE ?

Tugsavul - L'adhésion à l'Union Européenne peut être utile pour garantir le respect des droits de l'Homme. Sur le plan économique et social, tout dépend des mutations infernales dans la région. Pour être admise à l'Union Européenne, la Turquie doit s'adapter à ses normes. Toutefois, j'ai peur que ce soit plutôt l'Union européenne qui s'adapte à certaines normes de la Turquie.

Özgüden - Avec la situation des droits de l'Homme et du peuple kurde, une adhésion à court terme paraît difficile. Pour moi, une adhésion à l'Union Européenne n'est pas essentielle pour la Turquie. Une Turquie démocratique et pacifiste, indépendante de l'OTAN et de la domination américaine, même sans être membre de l'Union Européenne, peut jouer un rôle plus constructif dans la région et dans le monde.

Eylem - L’impérialisme américain a-t-il aussi une place dans l’Union Européenne ?

Tugsavul - Pour moi, sur le plan international, l'Union Européenne est malheureusement le 51e état des Etats-Unis d'Amérique.

Özgüden - Même si l'impérialisme américain n'a pas un siège officiel dans l'Union européenne, certains pays membres, comme l'Angleterre et la Pologne sont la cinquième colonne des USA dans cette union. Si la Turquie, sans aucun changement de mentalité politique, fait partie un jour de l'Union Européenne, elle y sera sans aucun doute le troisième pilier de la domination américaine.

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