Interview avec Anne Morelli
par Eylem Aydemir (Librenews)
Eylem Aydemir – Etes-vous née en Italie ou en Belgique ?
Anne Morelli – Je suis née en Belgique. Ma famille est arrivée avant la seconde guerre mondiale ici, en Belgique. Mes parents étaient des immigrés politiques qui avaient quitté le fascisme italien et après un long périple, beaucoup d’expulsions, ils se sont retrouvés en Belgique un peu avant la seconde guerre mondiale.
E.A. – Etait-ce leur choix de venir en Belgique ?
A.M. – Non, pas du tout. Mais comme ils avaient déjà quitté l’Italie, quitté l’Union Soviétique, qui avait été expulsé de Suisse et de France, ils n’avaient plus beaucoup d’autres possibilités. C’est tout à fait par hasard qu’ils sont arrivés en Belgique. Ils savaient qu’en Belgique on parle français et eux parlaient tous assez bien le français. Il y avait un ami qui habitait Bruxelles et donc ils sont arrivée ici pour rejoindre cette amie avec 5 enfants parce qu’ils étaient expulsée de France pour des problèmes politiques.
E.A. – Vu que vos parents ont fuit le fascisme, ils sont aussi de gauche.
A.M. – Oui
E.A. – Est-ce sous leur influence que vous êtes aussi de gauche ou est-ce un choix personnel ?
A.M. – Ah ! Ca c’est très difficile à dire. Mes parents étaient un ménage mixte dans le sens où d’abord, c’étaient un homme et une femme, ce qu’il faut préciser aujourd’hui. Ensuite ma mère était belge, mon père était italien. Ma mère était catholique et mon père était incroyant et très à gauche, disons communiste. Donc, dans un premier temps, j’étais très influencée par ma mère, j’ai été à l’église jusqu’à la mort de ma mère qui est morte très jeune, j’ai fait ma communion, etc. Ensuite, petit à petit, j’ai changé d’idées, je me suis ralliée à d’autres pôles.
E.A. – Et donc, vous êtes athée maintenant.
A.M. – Je suis complètement athée. Je crois avoir essayé de recueillir un héritage politique de mon père et même de mes grands-parents.
E.A. – Vous êtes spécialisée dans l’Histoire des religions et des minorités. Etait-ce un choix que vous vouliez faire depuis que vous étiez petite ou y a-t-il eu un point tournant dans votre vie qui vous y a poussé ?
A.M.- Dans mon adolescence déjà, quand je commençais à réfléchir et à critiquer (j’étais une enfant assez difficile d’ailleurs et ma mère me disait toujours que j’étais l’esprit de contradiction personnifiée), je me suis dit qu’il y a deux choses contre quoi je voudrais lutter. D’une part, l’injustice sociale et d’autre part, l’ignorance. Et donc devenir professeur me plaisait parce que c’était une manière de lutter contre l’ignorance. Je pensais déjà être institutrice à 5 ans, je mettais mes poupées sur la table, je leur donnais des petits papiers et elles faisaient leur devoir, puis je corrigeais ces devoirs, j’écrivais au tableau etc. La religion me semblait être une partie de l’ignorance aussi. Il me semblait que si les gens étaient moins ignorants, ils seraient plus combatifs politiquement et qu’ils seraient moins religieux.
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| Interview avec Anne Morelli |
E.A. – Y a-t-il une personnalité comme un auteur, un chercheur, un historien, ou un homme scientifique dont vous appréciez les travaux ou de qui vous prenez exemple ?
A.M. – Oh ! Il y en a beaucoup. Je crois qu’on prend des exemples d’ici et de là. Au point de vue de la religion, j’étais impressionnée par l’analyse que Jean-Paul Sartre faisait, par exemple. Pour le coté « vulgarisation », j’aimais beaucoup faire des conférence, animer des groupes, etc. Et en fait, il y avait, dans mon adolescence, un historien de gauche qui s’appelait Henri Guillemin. Et cet historien faisait des conférences dans des cercles d’éducation populaire. Il venait d’une université suisse mais il faisait le tour dans les moindres villages et passionnait les gens sur la révolution française, sur des tas de sujets et il faisait voir les choses d’un autre œil. Et ceci a été certainement un de mes modèles. J’ai essayé de marcher un peu sur ses traces. Quand j’ai écrit un livre qui s’appelait « Les grands mythes de l’Histoire de la Belgique », et qu’il a été vendu à 15 000 exemplaires en Belgique, et qu’il est resté pendant six mois au Top Tien des livres les plus vendus en Flandre, ça me semble important que l’Histoire arrive jusqu’au gens. Pour l’instant, je suis occupée à coordonner un ouvrage qui portera sur l’histoire des rebelles de nos régions à toutes les époques. Je trouve important que les gens se réapproprient l’Histoire sociale.
E.A. – Avez-vous déjà rencontré des opposants à vos idées religieuses ou politiques ?
A.M. – Bien sur. Je reçois tous les jours mon lot quotidien d’injures, de lettres de menace. Quand j’avais fait ce livre « Les grands mythes de l’histoire de Belgique », j’ai eu des affrontements avec des groupes qui disaient « Morelli, la Belgique, aime-là ou barre-toi ». Me rappelant que j’étais d’origine étrangère, ils se demandaient s’il était normal qu’une étrangère vienne critiquer l’Histoire de la Belgique. Quand j’ai écris un livre sur l’histoire des étrangers en Belgique de nos origines jusqu’à nos jours, je faisait une conférence qui s’intitulait « Y a-t-il un Belge dans la salle ? ». Parce que ce que je voulais montrer a travers ce livre c’est que tous les étrangers sont arrivés ici, les uns il y a 1000 ans, les autres il y a 200 ans, les autres il y a 25 ans et d’autres encore hier. J’ai eu beaucoup affaire avec l’extrême droite qui venait contester cette idée à la conférence. Donc ça, c’est le quotidien. Il y a eu un moment où je passais à la télévision pour des débats sur l’actualité religieuse et alors, j’étais vu comme une femme pas religieuse, d’origine étrangère, etc. Tout se cristallisait sur ma personne.
E.A. – Est-ce que vous parvenez à ne pas mélanger votre vie privée et votre vie professionnelle ou est-ce que les deux sont indissociables ?
A.M. – Ca s’est difficile parce que, par exemple, ce que j’aime faire sont des activités liées à mon travail. Donc, si je suis allée au cinéma, j’ai été voir le film « Entre les murs » afin de pouvoir parler de ce film avec les étudiants que je prépare à l’agrégation pour devenir professeur. De même, quand je lis par exemple, le Vif Express, je découpe les articles qui pourraient intéresser tel ou tel cours. Donc, c’est un peu difficile de faire la différence entre mes activités privées et professionnelles. Mes centres d’intérêts ont envahit tous les moments de mon existence.
E.A. – Pour en revenir à la religion, peut-on dire que vous avez une vision de la religion comparable à celle des Maîtres du Soupçon ?
A.M. – Evidemment. Pour moi, l’essentiel, c’est de douter. C’est d’ailleurs ce que j’essaye de communiquer à mes étudiants du cours de critique historique : il faut douter de tout. Quand la télévision nous dit que les Kurdes ont attaqué la Turquie et que les Turcs se défendent en bombardant les Kurdes, je me pose la question si cela s’est bien passé ainsi. Donc, la critique est applicable à l’Histoire mais il en va de même pour la religion. On peut appliquer les principes de la critique historique à un document religieux : rechercher qui a écrit cela, où a-t-il écrit, pourquoi a-t-il écrit cela, ce qu’il raconte est-il vraisemblable, etc. Si vous appliquez ces principes à la Bible ou au Coran, on peut poser tout de suite un certain nombre de questions. Quand on nous dit que Dieu a aidé les israélites dans leur bataille et qu’il a arrêté le Soleil pour cela dans sa course, je me demande s’il a vraiment arrêté le Soleil. D’autre part, quand on nous explique dans le Coran que Mohammed a fait démarrer sa jument, que celle-ci est arrivée jusqu’à Jérusalem d’un bond et que d’ailleurs on voit toujours l’empreinte de sa jument à Jérusalem, je me pose des questions. L’application du doute se vérifie aussi bien sur l’histoire que sur la religion.
E.A.- Les exemples que vous venez de citez sont en effet des mythes qui ont, en général, une place importante dans la religion. Ne le pensez-vous pas ?
A.M. – Oui… si vous prenez tout ça comme mythe ! Si vous dites que tout cela sont des histoires qu’on raconte, comme Le Petit Poucet, La Belle au Bois Dormant, Le Petit Chaperon Rouge, alors je suis tout à fait d’accord avec vous. Mais maintenant, les religieux prennent beaucoup de ces choses au pied de la lettre.
E.A. – Peut-on encore aujourd’hui parler de conflits religieux, que ce soit entre deux religions ou au sein d’une même religion ?
A.M. – Plus que jamais. Nous somme abonnés à un site qui donne des informations sur les violences interreligieuses. Tous les matins, je reçois des dizaines de nouvelles à ce propos. Par exemple, en Inde, il y a des conflits entre les Hindous et les Musulmans. Ailleurs, ce sont les Musulmans contre les Chrétiens, les Chrétiens contre une autre religion, etc. Et ils ne font que s’entretuer au nom de la religion, de la bonté de Dieu, de la charité, au nom du fait nous devons tous nous entraider, mais ils s’entretuent sur le terrain. Si vous regardez, au Nigeria, les gens s’entretuent au nom de religion. Au conflit en Yougoslavie, ce n’est pas un hasard si les Serbes orthodoxes, les Croates catholiques et les Bosniaques musulmans se battaient entre eux. Ils avaient un plaisir extrême à détruire les églises des uns, les mosquées des autres. La religion donne du cœur aux gens qui veulent faire la guerre. Si on vous dit : « Vous allez faire la guerre pour un prix de pétrole », ce n’est pas très enthousiaste. Mais si on vous dit : « Vous allez faire la guerre parce que Dieu est à nos côtés, que nous, on a la vraie religion et qu’on va exterminer ceux qui n’ont pas la vraie religion », alors naturellement on est plus motivé et en plus, on est protégé par Dieu. Donc, je pense que ce n’est pas un prétexte de guerre mais la religion en elle-même est fauteur de guerre, en tout cas les religions monothéistes qui croient avoir « la » vérité. Elles pensent que les autres religions ou croyances sont dans l’erreur et qu’elles sont les seules à avoir la vérité. Ceci est un facteur de danger permanent : « On veut imposer la vérité aux autres. Les pauvres, ils n’ont pas la vérité, je vais la leur apporter. S’ils ne veulent pas l’entendre, ce n’est pas grave, je vais la leur apporter quand même »
E.A. – Etant donné que vous êtes athée, je suppose que vous rejeter toute religion. Mais y a-t-il une minorité qui vous intéresse plus particulièrement ?
A.M. – Oui. Moi je m’intéresse aux minorités en général, c’est-à-dire, d’une part les femmes, bien qu’elles soient majoritaires. Je me suis intéressée à l’histoire des femmes parce qu’il s’agit d’une histoire qui n’apparaît pas dans l’Histoire avec un grand « h », elle est souvent négligée. Mais aussi l’Histoire des minorités immigrées, par exemple, ou l’Histoire des étrangers en Belgique. J’ai essayé de reconstituer l’histoire de ces minorités. Et puis, l’Histoire des minorités religieuses aussi parce que c’est toujours le vainqueur qui écrit l’Histoire et donc, ce vainqueur élimine l’Histoire des vaincus et l’Histoire des minorités. Par exemple, en Belgique, on dit très rarement que nous avons été protestant au XVIe siècle. Il y a eu des républiques protestantes qui, au point de vue social, étaient des avancées, qui contestaient la monarchie, la religion catholique, la domination espagnole, etc. Et ces républiques protestantes ont été écrasées parce que les troupes espagnoles catholiques ont reconquis le pays et du coup, elles ont disparus de l’Histoire. Donc, ça me semble important de remettre en place ces minorités. De même, je suis étonnée de la manière dont on traite les sectes religieuses. La plupart des gens qui vivent dans des sectes religieuses sont de braves gens. Il y a aussi des escrocs mais dans les grandes religions aussi il y a des escrocs. Il y a parfois des violences dans ces petites religions mais il y a beaucoup plus de violences dans les grandes religions. Je considère que ces petites religions, ces minorités religieuses, sont un peu comme des petits entrepreneurs indépendants à côté des grandes multinationales de la religion. Et ceux qui font vraiment des dégâts, qui tuent vraiment beaucoup de gens, ce sont les grandes religions, bien sûr, pas ces petits entrepreneurs indépendants qui doivent faire dix ou trente morts alors que, pendant ce temps-là, en Inde, on brûle des villages entiers parce que les gens n’ont pas la religion que d’autres veulent.
E.A. – Que pensez-vous de la minorité kurde ? Quelle image en avez-vous ?
A.M. – C’est un sujet qui m’intéresse mais je ne suis pas du tout spécialiste dans la matière. Ce que je peux dire est que je suis très hostile à la classe politique turque actuelle. C’est une classe politique qui est née de coup d’Etat et de marche arrière religieuse. Les uns sont favorables à des coups d’Etat soi-disant laïques et les autres aiment les marches arrière religieuses. La classe politique turque considère que les Kurdes sont un obstacle à ses bonnes relations avec l’Europe parce que, notamment, la présence de réfugiés en Belgique rappelle que la Turquie est loin d’être un paradis démocratique, comme elle espère le faire croire. Et donc, moi, j’ai une sympathie dans ce sens pour les minorités kurdes et pour les réfugiés surtout qui sont considérés par le gouvernement turc et par le gouvernement belge aussi comme un obstacle à leurs bonnes relations. Moi, j’ai été assez motivée dans l’affaire de Bahar Kimyongur parce que je trouvais scandaleux que Laurette Onkelinckx, pour gagner les voix des nationalistes turcs dans sa commune de Schaerbeek, accepte de livrer quelqu’un à la Turquie où on sait que les conditions en prison sont loin d’être bonnes, où on sait qu’il y a des violences policières continuelles, où on sait qu’il y a encore la peine de mort qui est suspendue sur la tête de certains, etc. Et donc, ça me semble scandaleux pour la politique communale, pour devenir bourgmestre de Schaerbeek, de faire des concession pareilles et ça m’a fait un plaisir immense qu’elle ne fut pas élue.
E.A. – Soutenez-vous la lutte des Kurdes pour obtenir des droits en Turquie ?
A.M. – Je ne suis pas pour l’éclatement des pays. Je crois que reconnaître l’indépendance du Kosovo a été une erreur monumentale de l’Europe, et notamment le prix Nobel qu’on a honoré, qui est un des fauteurs de l’éclatement de la Yougoslavie. Mais il faut évidemment reconnaître des droits à une minorité. Il y a des conventions internationales dont une que la Belgique n’a toujours pas voulu signer et il faut donc reconnaître des droits aux Kurdes comme il faut reconnaître des droits aux francophones en Flandre. S’ils sont là et forment une minorité, ils ont le droit à un enseignement, à une culture, …à toute cette autonomie-là au moins.
E.A. – Quelle pourrait, selon vous, être la résolution d’un tel conflit ? Est-ce être les Kurdes qui devraient lâcher les armes, le gouvernement turc qui devrait mettre les revendications des Kurdes en place ou encore, faudrait-il trouver un juste milieu ?
A.M. – Je ne sais pas, je ne pourrais pas répondre à cette question. Ce qui me semble juste c’est que des droits soient reconnus aux Kurdes. Mais je vois qu’il y a deux poils de mesure en Europe. On reconnaît le Kosovo, cette mini province qui tout à coup devient indépendant parce que ça arrange évidemment les intérêts politiques et économiques pour affaiblir la Russie et faire éclater la Yougoslavie. Tandis qu’on ne reconnaît pas les mêmes droits aux Kurdes. Il faudrait se mettre d’accord. Ou bien on reconnaît l’autonomie à toutes les minorités qui le désirent mais alors il faut reconnaître l’indépendance des Bretons en France, des Basque en Espagne, des Corses, etc. Ou bien, il ne fallait pas accorder l’autonomie au Kosovo, ni se plaindre que les Russes de Géorgie veulent leur indépendance. Une fois qu’on donne l’indépendance à tout ceux qui le demande, eh bien on va se trouver devant un monde tout à fait éclaté. Je ne sais pas si on peut imaginer des revendications communes entre des gens qui ont éclaté des pays si minuscules. Donc, je n’ai pas de solution politique à proposer pour les Kurdes. Je pense qu’il y a des Kurdes dans beaucoup de pays. Il me semble donc assez logique qu’ils fassent une coalition de ces Kurdes. Mais pour dire qui gagnera demain, il faut dire que l’armée turque est extrêmement puissante. La Turquie est un membre de l’OTAN, c’est-à-dire appuyée par les Etats-Unis. C’est un peu le combat de la souris et de l’éléphant et dans une telle situation, personnellement j’applaudis plutôt les efforts de la souris.
E.A.- Quel impact l’Union Européenne a-t-elle sur la question kurde ?
A.M. – Elle pourrait avoir un impact très important parce que la Turquie brûle depuis très longtemps d’entrer dans l’Europe. Cette perspective européenne a fait faire quelques pas vers plus de libertés en Turquie, notamment dans les questions des prisons, etc. On continue à abattre des gens dans la rue, il continue à y avoir des milices qui sont encouragés par le gouvernement, par l’armée, etc. Donc, l’Europe devrait faire pression sur la Turquie pour qu’il y ait une normalisation de la situation et pour que la Turquie signe la résolution des problèmes sur les minorités. Mais, ce n’est pas le cas. Pour la Turquie, les Kurdes n’existent pas, ce sont les « turcs de montagnes ». Nourri par le gouvernement, par les médias, par les films, le nationalisme est très puissant en Turquie. Et les gens se laissent aveugler par cela et je pense que c’est un danger.
E.A.- Vous expliquez dans votre cours de critique historique que le hasard joue un rôle important dans l’Histoire. Où est-ce que le hasard intervient-il dans l’Histoire des Kurdes ? Autrement dit, qu’aurait-il dû y avoir pour que le sort des Kurdes fût meilleur aujourd’hui ?
A.M. – C’est une question assez difficile. C’est vrai que le hasard peut jouer dans l’Histoire. Par exemple, l’arrestation Öcalan a été quand même poursuit avec un certain nombre de faits de hasard, mais d’une complicité évidemment européenne qui était très importante. On peut imaginer qu’il y ait demain des faits de hasard qui interviennent positivement ou négativement. Le hasard justement, on ne peut pas le prévoir.
E.A. – Y a-t-il une période de l’Histoire pendant laquelle vous auriez voulu vivre ou un évènement précis que vous auriez voulu voir de vos propres yeux ?
A.M. – C’est peut-être enfantin d’imaginer qu’on puisse revivre une période de l’Histoire. Mais s’il y a une période à laquelle je suis vraiment liée, c’est la guerre civile d’Espagne où on a vu s’affronter le fascisme d’Hitler, de Mussolini et de Franco, face à la République, avec encore des possibilités, à ce moment-là, de faire gagner le camp anti-fasciste. Mais c’était un combat tout à fait déséquilibré. D’un côté, il y avait les armes d’Hitler et de Mussolini, leurs avions, etc. Et de l’autre côté, des démocraties qui n’ont pas voulu aider la République espagnole. C’est un des combats qui me tient le plus à cœur. Il me semble qu’il y a eu là des choses extraordinaires qui se sont passées, il y a eu beaucoup d’espoir lié à cette guerre-là.
E.A. – Comment décrirez-vous votre vie en quelques mots ?
A.M. – Je suis une enseignante de gauche qui a essayé, à travers ses engagements, de rester fidèle à certaines idées de mon adolescence.
REPORTAGE (Röpörtaj)
30/10/2008 - 13:31